Violences policières contre les migrants

Exilés, invisibilisés, chassés comme des chiens errants aux abords des villes, les migrants ou la face indigne de l’État. Ils étaient environ 3 000 Afghans pour la plupart mais aussi Somaliens, Éthiopiens, Soudanais. Toute leur vie enfermée dans un sac poubelle ou un sac à dos, ils se sont recroquevillés peu à peu, et depuis le mois d’août 2020, sous une bretelle d’autoroute près du Stade de France à Saint-Denis. Et soudain, le 17 novembre 2020, les Préfectures de Paris, d’Île de France et de Saint-Denis ont décidé qu’elles en avaient assez.de les voir.Dès l’aube À l’aube, les migrants furent embarqués sans ménagement et emmenés après des heures et des heures d’attente, parce que examinés un à un pour cause de Covid19, vers des centres d’accueil et des gymnases, des lieux où on ne fait que reculer pour mieux sauter. Mais des centaines d’autres ne purent jamais atteindre les bus dans lesquels ils devaient s’installer. Livrés à eux-mêmes, sans autre solution, ils furent chassés par des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement.Place de la République Le 23 novembre 2020, afin d’alerter sur la situation de ces exilés, des associations organisèrent, de manière pacifique, un campement Place de la République à Paris. Une heure après et à peine installés sous l’œil de la République, migrants et associations étaient délogés, jetés de leurs tentes renversées comme des poubelles pleines d’immondices et à coups de matraques, coups de pieds, croche-pied et gaz lacrymogènes. Élus, avocats et journalistes présents furent violentés, nassés.Des videos et l’article 24 Comme en témoignent plusieurs videos de journalistes et de citoyens. Videos qui permirent la saisine immédiate de l’IGPN, du Ministère de l’Intérieur, de la Préfecture de Paris. Or, ce sont justement ces videis de l’horreur et de la honte que la loi Sécurité globale, article 24, en discussion depuis le 17 novembre 2020, souhaite faire disparaître afin de protéger les policiers. Nous dénonçons solennellement les décisions de l’État et la loi Sécurité Globale ainsi que la fuite en avant vers un système policier et autoritaire qui effraie même à l’étranger. La solidarité et la fraternité ne sont pas des délits. Les associations qui ont les solutions devraient être davantage écoutées. Et la France, terre de la Déclaration des Droits de l’Homme, signataire de traités internationaux qui font loi et préservent la dignité humaine, doit faire face à son devoir d’humanité, d’accueil et d’asile et retrouver sa grandeur.
Samuel Paty

Communiqué de l’association Les Ponts de l’Espoir Contre le Racisme et l’association Les Ponts de l’Espoir (Hope & Bridges). Les Ponts de l’Espoir Contre le Racisme et Les Ponts de l’Espoir (Hope & Bridges) expriment leur très vive émotion après l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’Histoire au collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine ainsi que leur soutien à sa famille et à ses proches, à ses élèves, à ses collègues et à l’ensemble du corps enseignant. À travers cet acte d’une horreur sans nom, aujourd’hui, c’est l’école de la République, l’école publique et laïque, lieu de connaissances et de construction, qui est la cible du terrorisme. Et c’est la Nation toute entière qui est touchée par ce crime odieux. Les moyens humains, matériels, financiers doivent être mis en œuvre pour que cela n’arrive plus. Les moyens humains, matériels, financiers doivent être mis en œuvre afin de soutenir les enseignants dans leur fonction. La haine ne peut être combattue par la haine. Même face à un acte aussi odieux. Ce combat ne pourra être gagné qu’en faisant en sorte que la devise Liberté, Égalité, Fraternité ne soit jamais un ensemble de mots vains. Les Ponts s’associent aux appels pour un rassemblement en mémoire de Samuel Paty.
Une fête de la banane qui passe mal

Le choc fut rude en apercevant, ce 24 août 2020, l’affiche de la fête de la banane. Les Ponts de l’Espoir a donc contacté Blandine Serrero, représentante de l’association La cantine, Le monde bouge, organisatrice de cette fête avec le concours de la mairie du 14e arrondissement de Paris et le soutien de Florentin Letissier, Maire-adjoint, chargé du développement durable et de l’économie sociale et solidaire.Une affiche surprise En effet, cette affiche paraissait, d’une part, reprendre le tracé du parcours de la Traite de l’esclavage et, d’autre part, avec cette banane étranglant et cette sorte d’éjaculation de la banane entre les départements dits de l’Outremer, être un affront pour les victimes de l’empoisonnement au chlordécone.Les Ponts s’insurge Le 25 août 2020 et lors d’une conversation téléphonique, les positions ont pu être clarifiées. Les Ponts de l’Espoir a fait part à Blandine Serrero de son souhait de voir enlever ou modifier l’affiche concernée ainsi que de son étonnement face à l’absence, dans le programme, d’intervenants qualifiés pour faire table ronde sur le chlordécone. Arguant de ses origines africaines, Blandine Serrero n’a pas semblé comprendre l’évocation de la traite par l’affiche ni le malaise provoqué chez les Ultramarins par cette fête. Cependant, proposition a été faîte aux Ponts de l’Espoir d’être le jour dit, des intervenants chlordécone. Offre qui a été déclinée.Une fête du chlordécone Certes, l’Afrique – Afrique qui est elle-même concernée par le chlordécone (Cameroun, Côte d’Ivoire) – est productrice de banane. Mais cette fête a lieu en France. Et cette fête est sponsorisée par nos deniers publics. Or, c’est la France, la France qui, grâce à ces départements dits de l’Outremer, est l’un des principaux producteurs européens de bananes, pour ne pas dire le premier. C’est la France qui a autorisé, et ce durant 20 ans, de 1972 à 1993, l’utilisation du chlordécone (képone, curlone) dans les Antilles françaises. Un insecticide pourtant interdit, depuis 1976, aux États- Unis, leurs voisins d’Amérique. Comment pourrions-nous participer à une fête greenwashing que nous dénonçons, dans son mode de communication comme dans son ignorance et son indifférence à l’égard de ceux qui souffrent ? Comment pourrions-nous fêter, comme si de rien n’était, un produit contaminant une population de près de 1,5 millions de personnes ? Comment pourrions-nous fêter et ignorer ceux qui, en ce moment même à la Martinique, à la Guadeloupe ou en Guyane, manifestent leur colère, leur impuissance, leur souffrance, leur désarroi, et qui sont frappés, violentés et emprisonnés pour leurs actions contre le chlordécone ?Un silence qui tue Comment pourrions-nous fêter le silence des réponses aux rapports et Commissions d’enquête parlementaires, aux questions de Justine Bénin, Serge Letchimy et Younous Omarjee ? Fêter l’absence de recherche en responsabilité dans l’empoisonnement au chlordécone pour les personnes publiques et privées pourtant parfaitement connues, et ce depuis 14 ans ? Comment pourrions-nous parler de respect de l’humain et fêter, sans mauvaise conscience aucune, la pollution des nappes phréatiques (il est question d’une pollution dont les effets se feront ressentir sur au plusieurs générations) et la pollution du littoral sur une distance de plus d’un kilomètre des côtes ? Comment pourrions-nous fêter l’interdiction de la pêche dans certaines zones pour cause de poissons impropres à la consommation et la misère des pêcheurs et des familles ? Comment pourrions-nous fêter les nourrissons prématurés, l’interdiction d’allaiter, les difficultés pour des enfants à appréhender des objets, la multiplication des cancers de la prostate… ? Comment pourrions-nous fêter la misère provoquée par l’empoisonnement lorsque seule la classe aisée (les Békés et les fonctionnaires avec leur prime de 40 % de vie chère et plus) peut s’offrir les produits importés et hors de prix (ex. une salade à 15 €) et échapper ainsi à certains effets du chlordécone ? Comment pourrions-nous fêter ce qui a trait à un scandale de santé publique et à une grande pollution environnementale voire à un écocide ? Nous ne le pouvons. Car, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Mais nous sommes sur la route de la conscientisation. Les Ponts de l’Espoir (Hope & Bridges). Les Ponts de l’Espoir Contre le Racisme. Nous Demain. Zéro Chlodécone Objectif Zéro Poison.